Ordre des francophones d’Amérique
Assemblée nationale du Québec
Mercredi 12 mars 2008
Message au Québec et à la francophonie
Mesdames, messieurs, bonjour,
En me rendant jusqu’à vous, à bord du grand oiseau d’acier qui m’arrache à mon pays, je remonte le fleuve, de la Baie des Chaleurs jusqu’au cœur du Québec. Je remonte ce long et
magnifique chemin d’eau qui est un long trait d’union entre l’Acadie et le Québec. Un passage inspirant qui relie deux des peuples d’Amérique de langue française.
Deux peuples qui partagent avec les autres francophones du Canada, des Amériques et du Monde, cette émouvante langue française qui nous a donné certains des plus beaux textes du patrimoine
culturel de l’humanité.
Me prenant pour un grand albatros, du haut du ciel, je m’émerveille devant cette neige si blanche et si abondante et j’imagine le parcours fait par cette langue française, il y a plus de 400 ans,
alors que dans l’île Sainte-Croix et puis à Port Royal en Acadie, s’amorçait une des plus belles aventures humaines qui soit, celle de construire un nouveau pays en français.
Un pays fait de mots, de paroles et de gestes d’hommes et de femmes qui ont du cœur au ventre et dont les rêves sont aussi grands que ce nouveau continent à habiter.
Cette langue qui a semé ses premières graines en sol d’Amérique sur les rives de la Baie de Fundy, et puis qui a remonté le fleuve, comme le saumon remonte la rivière, pour s’installer un peu
partout sur le continent et fleurir avec force, particulièrement ici au Québec.
Je suis profondément fier d’être Acadien aujourd’hui et de parler la langue française. J’habite un territoire, j’habite un pays dont les contours, les frontières, sont façonnés, balisés par la
langue d’Antonine Maillet, d’Herménégilde Chiasson, de France Daigle et de Gérald Leblanc. Unique et fragile rempart à la culture dont je suis issue.
Et malgré les grands vents qui soufflent au bord de l’océan Atlantique, malgré ces fortes marées qui tentent sans cesse de nous pousser vers le Sud, éphémère illusion d’un monde meilleur dans la
langue de Shakespeare, malgré ces grands courants, j’habite encore avec fierté, en ce début de 3e millénaire, un pays où l’on parle français.
J’habite l’Acadie, le pays aux accents doux.
Il existe dans le monde de nombreuses cultures dites minoritaires. Et parmi celle-ci, la culture acadienne, par sa vitalité et sa créativité contribue vaillamment à l’essor de la langue française
et agit pour la colorer, la transformer et l’enrichir.
Parlons cette langue. Célébrons la davantage, aimons-la un peu plus, non pas comme un simple véhicule de communication, mais comme un révélateur de nos âmes individuelle et collective.
Comme un grand chant solidaire lancé à l’humanité, comme l’espoir de pouvoir vivre en français en toute liberté en imaginant pour nos proches, pour nos enfants, pour ceux qu’on aime et pour
toutes ces femmes et ces hommes avec qui nous avons la langue française en partage, les projets les plus fous et les rêves les plus grands.
Nous vivons à une époque où l’ouverture sur le monde est essentielle. Cela offre d’inestimables opportunités de découvrir et de connaître la richesse de toutes les cultures et de toutes les
langues. Or, cette langue qui est la nôtre et qui se déploie sur plusieurs continents mérite d’être mieux connue et davantage célébrée dans le Monde.
Offrons à l’humanité, des mots français qui sonnent et qui résonnent. Des mots français qui mordent et qui caressent. Des mots français qui chantent ce que nous sommes. Voilà ce que cela
implique, que d’être un francophone d’Amérique.
Je désire remercier le Conseil supérieur de la langue française du Québec pour cette distinction si significative à mes yeux en cette année du 400e anniversaire de la ville de Québec.
Cette ville où je croise tant de femmes et d’hommes de coeur. Bon 30e anniversaire au Conseil supérieur de la langue française.
Je désire aussi remercier le Gouvernement du Québec pour ses efforts soutenus à renforcer les ponts qui unissent les francophones d’Amérique et pour sa volonté grandissante à promouvoir
l’existence de la langue française, peu importe où elle s’épanouit sur ce continent.
Je désire féliciter mes compatriotes francophones qui reçoivent aussi aujourd’hui ces distinctions.
Je voudrais aussi remercier mes proches, parents, frères, sœurs et ami.e.s qui enrichissent ma vie et me comblent de tendresse avec des mots doux, tantôt lancés comme des rafales de vents du
Nord, tantôt susurrés à l’oreille comme les plus douces caresses.
En terminant, permettez-moi de vous lancer deux invitations. La première est celle de vous joindre aux nombreuses Acadiennes et aux nombreux Acadiens qui viendront fêter leur fête nationale, ici
même à Québec, le 15 août 2008, par solidarité pour le peuple québécois et la population de la Ville de Québec. Et la deuxième invitation, celle de venir célébrer la culture acadienne et la
langue française, l’an prochain du 7 au 23 août 2009, dans la Péninsule Acadienne au Nord du Nouveau-Brunswick, alors que se tiendra le 4e Congrès mondial Acadien.
Je vous remercie sincèrement de votre attention et je souhaite une longue vie à la langue française et à la solidarité francophone.
René Cormier
Récipiendaire de
l’Ordre des francophones d’Amérique 2008